eleonor biriotti rédacteur web freelance

Aujourd’hui, je me rends chez un client que j’apprécie beaucoup, et qui m’accueille dans ses locaux une fois par semaine. Mes missions, bien que multiples, peuvent se résumer en une courte phrase : accompagner cette entreprise dans les balbutiements de sa communication digitale.

Lancer sa présence sur les réseaux sociaux, définir sa ligne éditoriale, créer ses premiers contenus à fort impact… La tâche s’avère passionnante. Et pourtant, adepte de challenges en tout genre, j’étais loin de m’imaginer que les plus grands défis résideraient dans les rapports humains.

Chronique, tout en légèreté, d’une immersion en terre digitalo-timide, et des épreuves que cette excursion implique.

 

Challenge #1 : faire preuve d’une pédagogie à toute épreuve

 

Dès la rencontre avec l’adorable dirigeant de l’entreprise, une chose était claire : tout était à créer, des process aux contenus web. Cela prenait une dimension fascinante pour moi : j’allais être en charge, encore plus que dans la start-up où je travaillais précédemment, de tout ce qui concernait de près ou de loin la communication digitale. Pas de mentor pour épauler, pas de chef de projet pour vérifier, pas de back-up sur lequel s’appuyer.  Aussi challenging qu’exciting, en somme.

Et pourtant, très vite s’est imposé à moi le plus grand challenge de tous : expliquer mes démarches et mes outils. Car, quel que soit le degré de confiance du client envers le prestataire, la transition digitale d’une entreprise doit se faire en accompagnement avec lui.

Mon objectif : donner au client assez d’autonomie

pour qu’il puisse prendre part au digital.

Ainsi, mon job consiste, avant même d’entamer mes tâches de rédactrice web et Social Media Manager, à expliquer non seulement mes choix éditoriaux et stratégiques, mais aussi le principe même de certains éléments de cette stratégie. Avec force comparaisons et moult parallèles, qui contextualisent le tout et le rendent plus accessible, un quart de mon temps environ est occupé à détailler l’intérêt de tel réseau social, le pourquoi du comment du blogging, les rudiments du Social Selling…

Et, tout comme dans l’enseignement auprès des collégiens, la pédagogie réside dans la répétition. Toutes les semaines, il s’agit donc de reprendre le principe du SEO, la définition des KPIs choisis, les réflexes à acquérir sur LinkedIn… jusqu’à ce que ça rentre.

Je dois l’avouer, il ne s’agit pas du défi le plus déplaisant pour l’ancienne prof qui sommeille toujours en moi 🙂 Mais autant vous dire qu’il me faut faire preuve d’une diplomatie toute nouvelle, que la posture de loulous de 12ans n’impliquait pas.

 

Challenge #2 : freiner l’impulsion du “faisons tout, tout de suite !”

 

Une fois passée la période d’incompréhension totale, et si mon boulot de pédagogue a bien été fait, l’entreprise qui s’ouvre au digital commence à y voir un peu plus clair dans tous ces anglicismes étranges de digital-native. Et là s’amorce la deuxième phase de l’impulsion digitale : “C’est très simple tout ça, et ça fonctionne tellement ! Et si on se lançait plus fort, plus vite, dedans ?”

Qu’il est tentant, pour l’entreprise qui voit pulluler les Likes et autres demandes de contact suite à des articles de blog, de passer à la vitesse supérieure ! En voyant un blog se remplir, un réseau LinkedIn se former, des followers Twitter affluer, comme c’est normal de se voir déjà dans les premiers résultats Google sur son mot-clé phare !

Du côté du presta externe, présent à hauteur d’une journée par semaine dans l’entreprise, il est alors compliqué d’expliquer qu’il faut du temps au temps. Que certes, les premiers résultats sont encourageants, mais que la communication digitale, ça prend du temps. Que oui, on travaille avec des outils d’automatisation qui font gagner du temps, mais que non, la rédaction web de qualité ne se compresse pas plus que ça. Et surtout, surtout, que se lancer sur tous les fronts d’un seul coup peut sonner le glas d’une stratégie bien ficelée à la base.

Ici, ce sont mes fraîches compétences en gestion de projet qui m’ont aidé à relever le challenge. Plannings de publication, tableaux partagés de KPIs, et points opérationnels réguliers, m’ont aidé à installer une vision à moyen-terme chez le client, qui lui permet de patienter et de prendre des décisions mesurées.

 

Challenge #3 : revoir des process contre-productifs

 

Dans cette entreprise qui compte ses employés sur les doigts de deux mains, l’intrusion de la communication digitale a justement généré le besoin de tout compter sur au moins un pied de plus. Les décisionnaires se multiplient comme des petits pains, car chacun porte son expertise propre, et a bien sûr des inputs intéressants à transmettre au presta externe. Sauf que le temps du presta, à ce moment-là, se remplit d’incompressibles rendez-vous avec chacun, et fait significativement décroître son agilité.

Devant ces propositions agiles,

le client va souvent prendre le parti de garder

ses anciens process, rassurants et confortables.

Le défi réside alors dans la construction de la confiance, qui dépasse mes compétences digitales. La redéfinition des process internes a bien pris un mois entier, et présente encore des incohérences qui ralentissent le travail de tous. Mais tout le monde, in fine, est très satisfait du rôle qui lui incombe maintenant, dans une organisation plus apte à évoluer rapidement. Aaah, la magie du digital sur l’humain !

 

Challenge #4 : valoriser le travail de ses prédécesseurs

 

Passé le moment de grâce où l’on croit construire une stratégie de communication digitale ex nihilo, on se rend vite compte, au contact des différents collaborateurs, qu’ils sont nombreux à avoir installé les bases du numérique dans l’entreprise. Un site web existe : c’est bien que quelqu’un a pris le parti de s’en occuper. Des newsletters sont régulièrement envoyées : là aussi, quelqu’un s’en charge avec passion.

Avec mon agilité 2.0, je suis venue chambouler bien des habitudes chez ces différents acteurs de la digitalisation. Et, je dois l’admettre, j’en ai vexé au moins un, en ne prenant pas assez en compte tous les efforts qu’il a pu fournir auparavant. My bad.

Le challenge est alors devenu de reprendre contact avec ces personnes, de comprendre leurs fonctionnements, et de co-construire avec eux de nouveaux process où ils se sentiront à la fois intégrés, et libérés de ces tâches qui ne leur incombent normalement pas. Ces personnes de plus de 40 ans, qui voient débarquer une jeunette et ses outils digitaux un peu mystiques, et peuvent en être frustrés.

Ce défi, c’était avant tout une aventure humaine, où les égos et les compétences se confrontaient parce qu’ils ne communiquaient pas assez. Et je suis désormais heureuse de compter ces prédécesseurs parmi les plus forts appuis de mon travail dans l’entreprise, de vrais collaborateurs qui m’apportent autant que je leur donne.

 

Après presque deux mois à suivre ce client digitalo-timide, je perçois la dimension didactique et humaine de mon rôle de consultante en digital. Quelle fierté de les voir prendre leur envol numérique, de les sentir impliqués dans cette transition si importante ! De pause clope en speed-meeting, de brief en bise du matin, je sens la confiance s’installer… et y’a rien de plus satisfaisant !

Eléonor

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