eleonor biriotti rédacteur web freelance

Depuis quelques temps, dans les conversations geekesques que j’ai avec mes proches, ressort souvent la thématique de l’intelligence artificielle. Derrière la fascination pour ces machines dignes des romans de science-fiction les plus fantasques, une question oriente le débat : l’intelligence artificielle va-t-elle finir par me voler mon poste de rédactrice web ? 

 

Intelligence artificielle et écriture : état de l’art

 

Fin 2016, j’observais, hypnotisée et terrorisée, deux ordinateurs intelligents crypter leur conversation dans une langue inconnue des humains, pour qu’une troisième entité artificielle ne puisse pas les comprendre. Cette avancée technologique marquait une réelle révolution dans le domaine de la cryptographie, mais avait quelque chose d’horrifiant – quelque chose qui rapprochait le réel de l’univers de La guerre des mondes. Cependant, rien de dangereux pour mon métier, qui consiste encore (pour l’instant ?) à communiquer auprès des humains.

Un peu plus tôt dans l’année 2016, je riais aux éclats en regardant le court-métrage délirant dont une IA avait écrit le scénario. Dialogues what the fuck, didascalies impossibles à mettre en scène, personnages peu profonds aux préoccupations pourtant toutes-humaines : il y avait de quoi rire. Et cette news n’avait rien d’inquiétant vis-à-vis de mes missions de rédaction de storyboards.

Cependant, en faisant quelques recherches pour écrire ce billet d’humeur, je suis tombée sur cet article incroyable. Dedans, je découvre qu’au début de l’année dernière, un roman co-écrit par une intelligence artificielle et un groupe d’humains a réussi à être qualifié dans la première sélection d’un prix littéraire japonais. Fanatique de Haruki Murakami, et éblouie par les prouesses des écrivains japonais en termes de descriptions et de création d’univers, me voilà de nouveau confrontée à l’idée qu’un robot pourrait (peut ?) surpasser l’humain en termes de rédaction cohérente. Impossible de retrouver la source exacte, mais je me souviens même de mon professeur de classe préparatoire qui nous racontait qu’un ordinateur avait réussi à écrire des romans à la façon de Jules Verne bluffants. À ce stade-là, oui, même si j’adore les univers façon Meilleur des mondes… je commence à avoir un peu les chocottes.

 

Le Machine Learning : aide ou concurrence pour les copywriters ?

 

Toutes ces innovations sont nées d’un concept de programmatique mimant l’esprit humain : le Machine Learning. Pour faire simple, en donnant à l’ordinateur un amas de données, et en codant des algorithmes d’auto-apprentissage, la machine est capable d’adapter ses comportements en fonction des résultats qu’elle obtient. C’est en partie ce système qui permet par exemple aux intelligences artificielles d’étiqueter des produits selon leurs catégories, ou de détecter des visages dans des photos – pensez-y la prochaine fois que vous utilisez un filtre chien sur Snapchat.

À ce titre, on peut se dire que l’écrivain 2.0 a de formidables outils à sa disposition. Si je reste maître de mon intelligence artificielle, en lui donnant les directives nécessaires à ma propre rédaction (proofreading, assistance orthographique, synthèse d’informations…), je demeure l’écrivain final, qui signe dignement son livrable sans souci technologico-éthique. Oui, mais non. Parce que le principe du Machine Learning est justement de viser l’autonomie du système d’IA. Par un processus d’exploration combinatoire, l’intelligence artificielle créé ses propres règles, et est capable de reproduire un réseau de neurones dépassant la tâche pour laquelle elle a été créée.

D’où l’avènement, dans les années à venir, d’ordinateurs intelligents capables de rédiger par eux-mêmes des brèves, des articles… toute sorte de contenus web. On passe déjà d’un système de Natural Language Processing, qui consiste à rendre les données lisibles pour les machines, à celui du Natural Language Understanding, qui rapproche le comportement de la machine de celui de l’humain. La machine devient ainsi, non plus le média par lequel l’écrivain écrit, mais son double même – la machine écrit à la place de l’humain. Et là, mon métier fait plouf : bonjour l’élevage de chèvres dans le Larzac.

 

Mon idée sur la question

À l’ère où l’on pond du contenu pour produire du contenu, où l’on optimise les sites web autour de mots-clés qui semblent pertinents – mais le sont-ils vraiment ? – dans des textes parfois assez peu intéressants ; à l’ère où l’objectif est le clic et l’accroissement du trafic, la conversion et non une réelle conversation ; à l’ère où les réseaux sociaux sont truffés de titres “clickbait” qui déçoivent le lecteur en moins de deux après le clic… Dans cette ère-là, oui, je peux imaginer que l’intelligence artificielle me volera bon nombre de missions. Mais uniquement des missions qui ne me passionnent pas – des tâches un peu ingrates, qui n’apportent que peu de valeur au monde du web et aux audiences visées.

Certes, la communication n’est pas l’apanage de l’être humain ; et si nous sommes les seuls animaux à transmettre cette communication par écrit, c’est seulement grâce à notre sacro-saint pouce opposable. Peut-être suis-je naïve, mais je pense que mon métier a de beaux jours devant lui. Je crois en effet que mon métier survivra, pendant un certain temps, par la force de l’employeur qui continuera à croire en la puissance de l’esprit critique, de la réflexion complexe. Les machines que nous créons sont pour l’instant capables d’exécuter des missions données ; mais est-ce réellement ce que recherche le donneur d’ordres en entreprise ? Bien des patrons que j’ai rencontrés recherchaient, derrière la plume, une “tête bien faite”, capable de remettre en question le process de rédaction web, et d’aller plutôt du côté du pourquoi que de celui du comment.

Ainsi, jusqu’à ce qu’une intelligence artificielle arrive à mimer mon acharnement au travail, je continuerai donc à soutenir avec passion la prédominance de la plume humaine sur celle des machines.

Eléonor

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